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jeudi 28 août 2008

Pas Chic Chic

Pas Chic Chic - Au Contraire
[Semprini Records] 2008
extrait : Tes clichés déchantés

Sur l'étiquette de Ramachandra Borcar qui a produit Call Me Poupée et Ramasutra, voici Pas Chic Chic : une formation art-rock francophone au son dense et psychédélique. Le terme art-rock est souvent décrié par la communauté des historiens du rock, mais j'insiste : il y a ici un authentique esprit de création. Le rock et la pop servent de canevas pour une expression artistique autant dans la composition que dans l'interprétation. On expérimente de façon détachée, pour l'oeuvre, pour le résultat. On joue au jeu de la pop, et le résultat est intriguant et fort agréable, et le travail est fait pour être revisité, et on s'émerveille à chaque fois d'une nouvelle façon.

“There’s psychedelic, there’s musique concrète, there’s a mish-mash of styles,” he [Tellier-Craig] adds. “I definitely want to move more into the psychedelic realm and even have more acoustic guitar and synths and shit." - Mirror 21 juin 2007

“Aesthetically, that whole [’60s and ’70s] era was really important, but it does come back to Gainsbourg for me because of his approach to music and the kind of ugly personality that he was, something I’ve always been inspired by,” says Tellier-Craig. In explaining Au Contraire’s production, he points across the Channel to early ’90s pioneers My Bloody Valentine, beloved by musicians far and wide. “What I liked about My Bloody Valentine was the big mess of sound, the oceanic density of the arrangements and production. The goal was to play with that, using totally different instruments.” Mirror 27 mars 2008

Rien à rajouter, à part que je ne sais pas quand je vais arrêter de l'écouter, et si il y aura pour moi un meilleur album cette année.

Comme complément, vous pouvez réécouter le Toffey Fey Mix que j'avais fait en mars dernier.

espace de Pas Chic Chic
site de Pas Chic Chic
site de Semprini Records

mardi 8 avril 2008

Rétro chic

single extrait de Outline [Unidisc, 1979]

Premier extrait du premier album de Gino Soccio, la pièce disco Dancer prend la première place du Hot 100 Dance Music / Club Play pendant six semaines à deux reprises, et se positionne au #48 du Billboard.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, bien que Gino Soccio fasse de l'euro-disco comme les italiens Giorgio Moroder et Cerrone à la même époque, il ne vient pas de l'Italie. Il est né en 1955 à Verdun au Québec. Tout comme votre humble Outaragatron, il commence à étudier le piano à 8 ans. À 18 ans, il loue des claviers et des synthétiseurs pour enregistrer dans son studio maison. L'année suivante, il produit et écrit les chansons pour le groupe space disco Kebekelektrik. Il enregistre la plupart des titres de l'album. Le titre War Dance fera le Top10 Dance Music aux US. Après ce succès, Gino Soccio quitte le CEGEP et avec l'argent de ce premier succès enregistre un démo. Après avoir vu l'effet de sa musique sur les montréalais, il décide de se lancer professionnellement dans la production de disco et plus particulièrement du son euro-disco (précurseur de l'italo-disco). En effet, en 1979, le magazine commercial américain Billboard situa Montréal au deuxième rang des marchés nord-américains de musique disco. La ville possédait 50 clubs de danse (Kébek Elektric, Limelight, Régine, etc.) et entretenait des liens étroits avec la scène new-yorkaise.

En 1978, il travaille aux fameux Muscle Schoals Sound Studios en Alabama sur un album concept disco qui reprend des classiques du rock. Witch Queen atteindra les meilleurs classements grâce surtout à la reprise de Bang A Gong. Il continue à produire pour le label Arista Records avec Karen Silver pour son premier album Hold On I'm Comin' qui sera aussi dans le top 10 Dance Music. Ray Cavino, à la tête de Warner/RFC, signe Soccio en 1979 et inaugure son nouveau label avec l'album Outline, qui inclut Dancer, et qui est devenu instantanément un classique disco.

Dancer est un disco dans sa plus simple expression. La musique disco est le résultat d'un mélange de funk, de soul, de pop et de musique latino-américaine, enrichi par les nouveaux instruments qu'étaient les synthétiseurs. La musique disco est caractérisée par un rythme binaire martelé par le bass drum à chaque temps de la mesure 4/4, provoquant l'envie de danser presque instinctivement. Gino Soccio a semblé vouloir "synthétiser" le style, qui était à son pinacle en 1979 et donner à sa pièce une part égale de chaque ingrédients qui fait le disco, sans vouloir rien raconter d'autre. La vitesse ni trop vite ni trop lente amplifie cette suggestion qu'il a voulu que la balance soit faite. Le titre le souligne : ce morceau est disco. Il ne fait pas tant référence à l'individu qui danse, mais plus à la pièce ou par extension au disco en tant que propriété d'objet. Le disco vu comme agent provocateur, pour reprendre une expression du domaine de la criminologie. Comme la propriété du malaxeur est de malaxer, Dancer est de faire danser.

Ont suivi au début de la décennie '80 quelques autres albums et titres payants où il touche un peu aux styles new-wave ou hi-nrg, mais le disco se meurt, et c'est ce qu'il aime faire. À la fin des années '80, après avoir écrit des chansons pour Grace Jones, il se fatigue de devoir essayer de faire des hits, et devient simple musicien de studio. Il vit anonymement et n'entretient aucun contact avec les fans ou les médias.

Grâce à ses albums aventureux, une signature montréalaise (studios Parapluie et Inter-global reconnus par les voix des choristes entre autres) et la propreté de ses enregistrements et de ses mixes, il sera reconnu sur la planète disco comme un des grands. Ses albums et 12" sont très convoités des DJs house qui l'échantillonne ou s'en inspire pour leurs propres productions. On pourrait rajouter qu'il est aussi un des premiers artisans de la musique électronique au Québec à avoir eu du succès.

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Le saviez-vous?
C'est Gino Soccio qui a réalisé l'album de Guy Lafleur en 1979, la même année que Dancer. Un reportage TV explique le contexte de cette parution qui peut paraître assez insolite à nos yeux aujourd'hui.

Extrait de Lafleur! [Unison Sports, 1979]



mercredi 2 avril 2008

Rétro chic

Frankie Knuckles - The Whistle Song [Eric Kupper 12 " Mix]
Virgin Records America, [1991]

J'ai toujours su que j'étais un gay dans un corps d'hétéro. Mon amour pour le disco et l'électro, mon métier de DJ, mes séances de Pilates et de yoga, ce désir de faire pousser des fines herbes sur mon balcon, mon béguin pour les chats, ma tuque de marin, mes sessions en études littéraire à l'UQUOUAM, ce désir de collectionner des oeuvres d'art et de décorer mon appartement, ces larmes qui coulent en écoutant C.R.A.Z.Y., Les Plouffe ou Il était une fois dans l'Est étaient déjà des preuves. Par contre, cette rencontre musicale me le confirme plus que jamais. En ces temps d'angoisse, et de remise en question (d'ordre psycho-social, spirituel et philosophique et non sexuel), j'ai découvert cette pièce en préparant le Home Away From Home Mix, et elle me fait, de façon très douteuse, un sacré bien (comme Enya à l'époque, et encore aujourd'hui...).

The Whistle Song est une pièce "feel good" dans une structure house old school fait par un noir dans un corps d'homo. Tout ce que voulait Frankie Knuckles en nous poussant cette compo, c'était nous faire du bien, comme le cliché de l'ami gay qui vous sert la tisane et vous allume l'encens quand ça va pas. On dirait que le style house est accessoire. C'est parce qu'il s'efface. Non, il sert et fait à semblant de s'effacer. En fait, il est nécessaire. Il puise l'énergie du disco et du hi-nrg, mais le canalise en douceur dans des emprunts d'ambient, pour un ressenti fort de bien-être. Bob Sinclar s'est inspiré de la recette à son tour en 2006. Et les Van McCoys l'avait fait avant avec The Hustle. The Whistle Song entrait dans la culture populaire à l'été 1992 lorsqu'elle fut pigée pour annoncer le thé glacé de Nestlé lors des Olympiques de Barcelone. Sa carrière en fut catapultée.

Déjà connu des historiens de la musique pour son apport considérable à l'histoire de la musique électronique et dance, il était appelé "The Godfather of House". En effet, en 1977, étudiant en mode et DJ, il déménageait à Chicago pour travailler dans un club appelé le Warehouse. À la fine pointe du disco, et intéressé de faire tourner les remixes, il faisait courir la jeunesse de Chicago. Ce fut le premier DJ a gagné autant de popularité. En 1983, de retour à New-York, il ouvre son propre club, et commence à écrire des pièces, pour se consacrer entièrement à l'écriture et à la production en 1986, et pour rencontrer en 1987 les producteurs du studio Def Mix. C'est ce qui l'emmène à une signature avec Virgin en 1990 et l'emmène à faire des remixes pour des artistes établis : Luther Vandross, les Pet Shop Boys, Diana Ross, Janet Jackson et Soul II Soul . Ces remixes lui feront gagner un Grammy.

Probablement en réponse au succès du Love Generation de Bob Sinclar, The Whistle Song fut reproduite en 2006 comme première production pour sa nouvelle étiquette en ligne (NOICE!music). The Whistle Song Revisited prenait la tête des charts comme l'originale quatorze ans auparavant.


À va s'étouffer la russe! Mmm, une russe.

mardi 25 mars 2008

Rétro chic

Elis Regina & Tom Jobim - Águas de Março

[extrait de Elis & Tom Phillips, 1974]

Águas de Março (portugais pour Eaux de mars) est une chanson bossa nova composée par Antonio Carlos Jobim. Auteur et compositeur brésilien qui a marqué l'histoire de la musique du vingtième siècle, Jobim a écrit cet hymne aux cycles de la vie au début des années soixante-dix. Cette version définitive sortie en 1974 est chantée par Elis Regina, grande chanteuse populaire brésilienne, et par Jobim lui-même. En 2001, Águas de Março était nommée meilleure chanson brésilienne de tous les temps dans un sondage mené par le grand quotidien Folha de São Paulo auprès de deux-cents journalistes, musiciens et artistes.

Les paroles de la chanson ne racontent pas d'histoire, mais présente plutôt une série d'images qui forment un collage. Presque toutes les phrases commencent par "É..." ("C'est un..."). "C'est" est une branche, une roche, un morceau de vitre, une égratignure, un noeud dans un morceau de bois, un poisson, une punaise, une fin de route, et plein d'autres choses dont quelques unes qui font spécifiquement référence à la culture et au folklore brésilien. Tous ces détails qui tournent autour de la métaphore centrale des "eaux de mars" peuvent donner l'impression du passage de la vie, et sa progression continue et son culminement inévitable vers la mort, comme les pluies marquent la fin de l'été brésilien.

Águas de Março a aussi été écrite en anglais (Waters of March) par Jobim. La version anglaise ne compte pas les références à la culture spécifiquement brésilienne, utilise d'autres mots, et traite le mois de mars du point de vue de l'hémisphère du nord. Dans ce contexte les "eaux de mars" sont celles du dégel, ce qui contraste avec les pluies auxquelles Jobim fait référence dans la version portugaise, et qui dans l'hémisphère sud, marquent la fin de l'été et le début de la saison froide. Là où les deux versions ne diffèrent pas est dans l'évocation de l'eau comme étant la "promesse de la vie". La version anglaise parle aussi de "joie dans ton coeur" et de "la promesse du printemps".

L'inspiration pour cette chanson vient du mois de mars, le mois des pluies à Rio de Janeiro. Ce mois est fortement marqué par des tempêtes soudaines avec des pluies diluviennes et de forts vents, ce qui cause de nombreuses inondations autour de la ville. Les paroles et la musique ont cette constante progression descendante, tout comme les torrents provoqués par les pluies, et qui emplissent les rues et finissent dans les caniveaux, et qui emmènent dans leurs flots, les branches, les pierres, la vitre et tous ces objets qui traînent dans les villes. Les arrangements musicaux rendent bien l'illusion de ce phénomène naturel.


Stream of Consciousness
Susan Dupor

Peinture [1999]

Jobim aurait dit qu'en utilisant cette espèce d'écriture automatique (stream-of-consciousness) pour composer les paroles de Águas de Março, cela lui servait de thérapie et lui aurait sauvé des milliers de dollars en psychanalyse.

Le jeu vidéo Katamari Damacy sur PS2


Bande-annonce lors de la sortie du jeu Katamari Damacy au Japon en 2004


Publicité inspirée de Katamari Damacy

La chanson Águas de Março, selon moi, grand ramasseur d'objets devant l'éternel et le téléviseur, a certainement influencé Keita Takahashi pour la conception du jeu Katamari Damacy sur le PS2.

mardi 18 mars 2008

Rétro chic


Peter Sarstedt - Where Do You Go To (My Lovely), [1969]

Where Do You Go To (My Lovely), chanson composée et chantée par Peter Sarstedt, a été #1 pour six semaines dans les UK charts en 1969. Elle gagnait le Ivor Novello Award, avec Space Oddity de David Bowie. Elle n'atteignait que la position #70 du Billboard aux États-Unis. Les britanniques étaient friands de l'exotisme français, surtout en pleine résonnance de mai '68. Peter Sarstedt n'était pas Français (né aux Indes, il avait la citoyenneté britannique), mais sa chanson bénéficiait de cet attrait de la jeunesse du pays pour des chanteurs comme Serge Gainsbourg ou Jacques Brel, et pour tout ce qui pouvait sonner comme leur idole locale Donovan ou comme Bob Dylan. Le contexte de 1969 ne pouvait donc pas être plus favorable pour faire de cette pseudo-valse parisienne aux accents folk, un succès au UK, mais aussi un #1 dans 14 autres pays grâce à cette évocation moderne, qu'on jurerait chantée par un français, de l'archétype du Paris romantique et de la Belle Époque, qui titillait l'imaginaire des Européens et du Commonwealth, vis-à-vis la ville Lumière, vedette de l'actualité.

La chanson est à propos d'une fille appelée Marie-Claire, née dans les ruelles de Naples, qui en grandissant, est devenue membre du jet-set et qui vit maintenant à Paris. Les paroles la décrivent selon la perspective d'un ami d'enfance. Ce n'est jamais clair dans la chanson, si ils se parlent encore. Le titre suppose que la course vers la vie de jet set n'a pas apporté le bonheur ou le contentement à la pauvre napolitaine.

L'histoire se souvient de cette chanson que comme un item de plus dans la culture pop britannique de la fin des années '60 et de Peter Starstedt, elle en a retenu que cette chanson à l'interprétation particulière, souvent considérée comme un pastiche de mauvais goût de la musique de l'époque, comme les autres succès Eve of Destruction de Barry McGuire ou In the Year 2525 de Zager & Evans. (Je prépare une "mixette" avec tout ça et d'autres.) Peut-être que l'histoire changera, Where Do You Go To a été utilisée de proéminente façon par Wes Anderson dans ses films Hotel Chevalier et The Darjeeling Limited, sortis l'an passé, lui donnant un charme nouveau, remettant cette pièce à la mode, et provoquant un intérêt chez les contemporains pour la musique de Peter Sarstedt.

Pour votre agrément lors de l'écoute, voici dans l'ordre les références nommées dans la chanson : Marlene Dietrich, Zizi Jeanmaire, Balmain, Boulevard Saint-Michel, Rolling Stones, Sacha Distel, Sorbonne, Picasso, Juan-les-Pins, San-Moritz, Napoleon brandy, Aga Khan, Naples. Et appéciez aussi particulièrement ce passage :
"with your carefully designed topless swimsuit
you get an even suntan on your back and on your legs"

Et pensez, en plus, que Right Said Fred (I'm Too Sexy) a déjà repris cette chanson.

lundi 10 mars 2008

Rétro chic

(Extraite du long-jeu Ben, 1972, Philips)



Taj Mahal - Jorge Ben
(Extraite du long-jeu Tropical, 1977, Philips)

Jorge Ben est un musicien brésilien né à Rio de Janeiro. Il s'est fait recruté par les patrons de Philips à l'âge de 21 ans, en 1963, lorsqu'il chantait dans une boîte de nuit une de ses compositions, Mas Que Nada. Popularisée par Sergio Mendez et le Tamba Trio, elle est devenue rapidement un standard jazz et est depuis la chanson la plus populaire au monde chantée en portugais.
Sa façon singulière et originale d'écrire des chansons ne plaisait pas à la maison de disques, ni son sens de l'humour particulier et son penchant pour l'ésotérisme. Heureusement, le paysage musical brésilien était, à la fin des années soixante, en pleine transmutation. Porté par les courants bossa nova, le rock'n' roll et la contre-culture, le Brésil s'intéressa à Jorge et il devint un des centres d'intérêts du courant culturel et musical appelé Tropicalia.
Dans les années soixante-dix, il sortit des albums de plus en plus ésotériques, mais vus aujourd'hui comme des classiques.
Reconnu aujourd'hui en gros pour les raisons sus-mentionnées, c'est avec Taj Mahal qu'il a fait parler le plus de lui à travers le merveilleux monde de la pop music. Composée en 1972, elle fut reprise en 1977 parce qu'elle se prêtait bien au courant disco en cours dans le monde. On reconnaît très bien la ligne mélodique principale de Taj Mahal dans le hit Da Ya Think I'm Sexy ?, le single de Rod Stewart qui fut au sommet du Billboard durant quatre semaines en 1979 et qui fut à l'époque le single le plus vendu de l'histoire. Da Ya Think I'm Sexy ? constitue peut être le plus célèbre et évident exemple de plagiat, et le nom de Jorge Ben est devenu ainsi célèbre. Rod Stewart s'est en effet largement inspiré de Taj Mahal. Apres avoir été condammé pour plagiat, Rod Stewart a accepté de verser tous les royaltees passés et à venir de Da Ya Think I'm Sexy ? à l'Unicef.

lundi 3 mars 2008

Rétro chic


Billy Paul - Your Song
- 1972

Écrite, le temps d'un petit-déjeûner, par Bernie Taupin, lors de sa "co-location" avec Elton John en 1969, Your Song présente, en narration, les impressions et les intentions, d'un jeune homme romantique et innocent envers un être aimé.

Musicalement, sur la version originale, on y trouve des teintes de soul, de folk, de jazz et de r'n'b, surtout lors de l'interprétation du refrain. Elton John dit que c'est la meilleure composition qu'il aie pu faire. Ce fut son premier hit (1970). Ce succès eut beaucoup d'impact sur sa carrière et a influencé bon nombre d'auteurs-compositeurs-interprètes du début des années '70. Cette façon d'infuser du jazz, de la soul, du r'n'b à du folk s'est propagé dans l'écriture des succès à venir dans l'industrie de la musique anglo-saxonne (John Denver, Carly Simon, Neil Diamond, James Taylor, Billy Joel plus tard et même John Lennon), en France (Michel Polnareff, Julien Clerc, Véronique Samson, Michel Berger) et même au Québec lentement mais sûrement (Luc Plamondon, Diane Dufresne, Claude Dubois, Gilles Rivard, Boule Noire).

Cette chanson est devenue rapidement un standard de la pop. Il est donc normal qu'elle fût reprise quelques mois plus tard par un des maîtres de la soul de l'époque, Billy Paul. Membre de l'écurie Philadelphia International, Billy Paul s'est surtout fait connaître pour la chanson Me & Mr. Jones, la même année que cette reprise. Cette interprétation est typique de la Philly Soul. Provenant du courant funk new-yorkais et de la pop afro-américaine fin des années '60 (Motown à Detroit et surtout Stax à Memphis), la soul de Philadelphie s'est mise aux arrangements somptueux et mielleux (cordes, vents et glockenspiel) et au thème de l'amour, inondant les ondes radio de l'Amérique urbaine. The Delfonics, The O'Jays et The Spinners furent les plus populaires. Le genre conduira au disco (ce qui s'entend très bien dans cette version), à l'adult contemporary, au smooth jazz et à Hall & Oates. Your Song est ainsi "soulidifiée" par la moulinette de Philly. Comme une toaste avec une épaisse couche de frémage à la crème.

lundi 25 février 2008

Rétro chic



Them - "It's All Over Now Baby Blue" - 1966

Écrite par Bob Dylan It's All Over Now Baby Blue est parue sur l'album Bringing It All Back Home en 1965. Cette version reprise une année plus tard est chantée par l'Irlandais du Nord Van Morrison lorsqu'il était avec sa bande Them sur l'album Them Again.

La composition de cette pièce est inspirée de la chanson Baby Blue de Gene Vincent qu'écoutait l'ado Dylan.

Greil Marcus, un journaliste, écrivait que "Morrison brise vraiment toutes les limites de ses pouvoirs spéciaux (...) Interprétée assez rapidement, sa voix se bat virtuellement pour prendre le contrôle sur le band, Baby Blue fait s'émerger une musique à la fois dramatique et terrifiante."

Entendue dans trois films (Basquiaten 1996, Girl Interrupted en 2000, et Elementarteilchen en 2006.), vous la reconnaîtrez surtout pour la progression d'accords qui fût échantillonée sur Jack-Ass de Beck sur Odelay (#54 albums Top100) par les Dust Brothers.

Personnellement, c'est la soundtrack de février 2008. Trame d'une fin de cycle où la tristesse et la joie, la colère et la confusion se combinent et se mêlent en couches superposées, comme une lasagne aux épinards, cottage et sauce à la viande; et où la sauce à la viande serait la colère, la tristesse, les épinards, la confusion, le cottage, le mozzarella et le parmesan, la joie, et les pâtes, alimentaires.