Premier extrait du premier album de
Gino Soccio, la pièce disco
Dancer prend la première place du
Hot 100 Dance Music / Club Play pendant six semaines à deux reprises, et se positionne au #48 du
Billboard.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, bien que Gino Soccio fasse de l'euro-disco comme les italiens
Giorgio Moroder et
Cerrone à la même époque, il ne vient pas de l'Italie. Il est né en 1955 à Verdun au Québec. Tout comme votre humble Outaragatron, il commence à étudier le piano à 8 ans. À 18 ans, il loue des claviers et des synthétiseurs pour enregistrer dans son studio maison.

L'année suivante, il produit et écrit les chansons pour le groupe
space disco Kebekelektrik. Il enregistre la plupart des titres de l'album. Le titre
War Dance fera le Top10
Dance Music aux US. Après ce succès, Gino Soccio quitte le CEGEP et avec l'argent de ce premier succès enregistre un démo. Après avoir vu l'effet de sa musique sur les montréalais, il décide de se lancer professionnellement dans la production de disco et plus particulièrement du son
euro-disco (précurseur de l'
italo-disco). En effet, en 1979, le magazine commercial américain
Billboard situa Montréal au deuxième rang des marchés nord-américains de musique disco. La ville possédait 50 clubs de danse (Kébek Elektric, Limelight, Régine, etc.) et entretenait des liens étroits avec la scène new-yorkaise.
En 1978, il travaille aux fameux
Muscle Schoals Sound Studios en Alabama sur un album concept disco qui reprend des classiques du rock.
Witch Queen atteindra les meilleurs classements grâce surtout à la reprise de
Bang A Gong. Il continue à produire pour le label
Arista Records avec
Karen Silver pour son premier album
Hold On I'm Comin' qui sera aussi dans le top 10
Dance Music.
Ray Cavino, à la tête de Warner/RFC, signe Soccio en 1979 et inaugure son nouveau label avec l'album
Outline, qui inclut
Dancer, et qui est devenu instantanément un classique disco.
Dancer est un disco dans sa plus simple expression. La musique disco est le résultat d'un mélange de funk, de soul, de pop et de musique latino-américaine, enrichi par les nouveaux instruments qu'étaient les synthétiseurs. La musique disco est caractérisée par un rythme binaire martelé par le
bass drum à chaque temps de la mesure 4/4, provoquant l'envie de danser presque instinctivement. Gino Soccio a semblé vouloir "synthétiser" le style, qui était à son pinacle en 1979 et donner à sa pièce une part égale de chaque ingrédients qui fait le disco, sans vouloir rien raconter d'autre. La vitesse ni trop vite ni trop lente amplifie cette suggestion qu'il a voulu que la balance soit faite. Le titre le souligne : ce morceau est disco. Il ne fait pas tant référence à l'individu qui danse, mais plus à la pièce ou par extension au disco en tant que propriété d'objet. Le disco vu comme agent provocateur, pour reprendre une expression du domaine de la criminologie. Comme la propriété du malaxeur est de malaxer,
Dancer est de faire danser.
Ont suivi au début de la décennie '80 quelques autres albums et titres payants où il touche un peu aux styles
new-wave ou
hi-nrg, mais le disco se meurt, et c'est ce qu'il aime faire. À la fin des années '80, après avoir écrit des chansons pour
Grace Jones, il se fatigue de devoir essayer de faire des hits, et devient simple musicien de studio. Il vit anonymement et n'entretient aucun contact avec les fans ou les médias.
Grâce à ses albums aventureux, une signature montréalaise (studios Parapluie et Inter-global reconnus par les voix des choristes entre autres) et la propreté de ses enregistrements et de ses mixes, il sera reconnu sur la planète disco comme un des grands. Ses albums et 12" sont très convoités des DJs
house qui l'échantillonne ou s'en inspire pour leurs propres productions. On pourrait rajouter qu'il est aussi un des premiers artisans de la musique électronique au Québec à avoir eu du succès.
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Le saviez-vous?
C'est Gino Soccio qui a réalisé l'album de
Guy Lafleur en 1979, la même année que
Dancer. Un reportage TV explique le contexte de cette parution qui peut paraître assez insolite à nos yeux aujourd'hui.
Extrait de Lafleur! [Unison Sports, 1979]